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CAMERA OBSCURA N° 4

Non configuré pour smartphone

Impressions de

Voyages lointains


Le stockage iCloud est presque saturé : augmenter ou gérer le stockage iCloud. Qui n’a jamais reçu sur son téléphone ce message un rien sybillin ? Il traite de la capacité de la mémoire numérique de votre GSM. Alors pour bien des utilisateurs, se pose la question de conserver ou d’éliminer des séries de photos sans cesse renouvelées. Cette question avait  déjà été soulevée au moment du passage de l’image analogique à l’image numérique. Pour ma part, j’avais longuement hésité à abandonner la pelllicule. Le cœur de la question était la durée du stockage et surtout la conservation des photos dans le temps. La solution proposée était la sauvegarde régulière sur disques durs de toutes nos banques d’images en espérant que l’énergie qu’on y consacre ne devienne pas elle-aussi à son tour exorbitante.

Il me revient à la mémoire quelques vers de Rimbaud (Le bufffet) :

C’est un large buffet sculpté ; le chêne sombre,
Très vieux, a pris cet air si bon des vieilles gens ;
Le buffet est ouvert, et verse dans son ombre
Comme un flot de vin vieux, des parfums engageants ;


Pour illustrer ces quelques vers, je voudrais raconter une histoire récente : revenant d’un voyage qui nous avait menés du Laos au Vietnam, nous fûmes consternés à notre retour en France d’ apprendre que notre maison avait subi un grave dégâts des eaux. Tout le sous-sol s’était trouvé rempli par les égouts de la ville. Par bonheur, nos enfants prévenus à temps avaient eu le temps de remonter toutes les archives qu’ils avaient pu sauver. Je retrouvai  tout en en vrac à l’étage deux pièces remplies de documents. Je passai deux mois à tâcher d’y remettre un peu d’ordre. Parmi tout ce fratras, je ne prêtais guère attention à  deux cartons remplis de négatifs et de diapositives que je rangeai au fond d’une grande armoire en inscrivant dessus: Afrique, Asie, voyages anciens.  Quelques années plus tard, je fus informé du décès d’un vieil ami qui fut un de mes anciens compagnons lors de ces voyages lointains. Profondément affecté, je me résolus à ouvrir ces fameux cartons  pour redécouvrir des photos miraculeusement préservées :


– C’est là qu’on trouverait les médaillons, les mèches
De cheveux blancs ou blonds, les portraits, les fleurs sèches
Dont le parfum se mêle à des parfums de fruits.


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Je retrouvai alors des voyages exotiques qui s’offraient comme une découverte candide de pays étranges  et qui, s’ils donnaient  une  vision partielle des régions traversées, reflétaient tout un monde merveilleux et bien plus magique que celui très commercial proposé de nos jours dans les agences et sur le net.


– Ô buffet du vieux temps, tu sais bien des histoires,
Et tu voudrais conter tes contes, et tu bruis
Quand s’ouvrent lentement tes grandes portes noires.


Quarante ans plus tard, le déchiffrage de ces marques du passé me paraissait plus limpide, leurs voix m’en étaient plus claires. Elles étaient devenues comme des messagères lointaines apportant encore bien des réponses aux questions actuelles sur notre humanité. Aujourd’hui je pense à nous, malheureux moutons de Panurge, et au dommage fatal que causerait la perte de toutes ces images confiées au Cloud si  par accident elles partaient en fumée…

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